une rencontre qui marque une vie : Jean Ziegler

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Il y a une dizaine d’années j’ai rencontré Jean Ziegler pour la première fois. En livre. Un livre qui m’a profondément marqué et qu’ensuite j’ai emmené partout avec moi.

« Pour la première fois de son histoire, l’humanité jouit d’une abondance de biens. La planète croule sous les richesses. Les biens disponibles dépassent de plusieurs milliers de fois les besoins incompressibles des êtres humains.
Mais les charniers aussi gagnent du terrain.
Les 4 cavaliers de l’Apocalypse du sous-développement sont la faim, la soif, les épidémies et la guerre. Ils détruisent chaque année plus d’hommes, de femmes et d’enfants que la boucherie de la seconde guerre mondiale, pendant six ans. Pour les peuples du tiers-monde, la troisième guerre mondiale est en cours.
Chaque jour, sur la planète, environ 100 000 personnes meurent de faim ou des suites immédiates de la faim (FAO – World food report 2000, Rome, 2001. »

Jean Ziegler explique ensuite tous les mécanismes qui conduisent à cette situation.
Un chiffre me marque : « toutes les 7 secondes un enfant de moins de 10 ans meurt de faim sur la planète… »
Jean Ziegler est, entre autres, rapporteur spécial des nations unies pour le droit à l’alimentation. Ce livre s’appelle : « les maîtres du monde, et ceux qui leur résistent ».
J’ai rencontré ensuite plusieurs fois Jean Ziegler à travers ses livres, ses papiers dans les médias.

Aujourd’hui, j’ai rencontré à nouveau Jean Ziegler. Cette fois il était face à nous. Un homme d’une simplicité qui n’a d’égale que son charisme et son savoir. Quelle claque salutaire ! Merci M.Ziegler, homme qui sait prendre le temps de quelques minutes de discussion avec celles et ceux qui lui demandent de dédicacer un livre…merci, votre humanité est belle.
« Aujourd’hui, toutes les 5 secondes un enfant de moins de 5 ans meurt de faim sur la planète. » nous sommes en 2012, rien n’évolue positivement.
Comment intégrer cette donnée, comment imaginer ce que cela signifie. La mort liée à la faim est décrite dans son atrocité. C’est une décomposition du corps de quelques semaines, dans des souffrances importantes…

Jean Ziegler cite KANT : « l’inhumanité infligée à un autre détruit ma propre humanité. »

« Ce qui me sépare de la victime, c’est le hasard de ma naissance. »
La violation du droit à l’alimentation, c’est la violation délibérée des droits humains, c’est un crime contre l’humanité.
349 Milliards de $ de subventions ont été accordés aux agriculteurs du Nord pour écouler leur surplus de production. Les légumes européens sont moins cher sur le marché de Dakar que ceux produits localement par des familles qui travaillent 10 h par jour. On ne leur laisse aucune chance de survie…

Les grands groupes, certains pays, s’accaparent les terres africaines pour produire pour les pays solvables et riches : en 2011, 41 millions d’hectares ont été arrachés aux agriculteurs africains. Nos impôts, via la banque mondiale, servent à ces fins. Fins mortifères pour ces agriculteurs spoliés de leurs terres.
Les dettes de ces pays ne peuvent se rembourser qu’en produisant des biens exportables, pas de l’alimentation pour couvrir les besoins des résidents.

La spéculation boursière, depuis les krachs internet et financiers, se tourne vers l’alimentaire. Les spéculateurs font des profits énormes en jouant sur le cours de bourse des denrées alimentaires. En 18 mois le maïs a augmenté artificiellement de 98%, le blé des Philippines de 103%. Le prix du pétrole, donc du transport augmentant, les habitants ne peuvent plus se payer leur nourriture de base. Ils meurent donc de faim pendant que les traders s’enrichissent. N’est-ce pas un crime organisé ? A Lima, le riz se vend au gobelet, le kilo est hors de prix pour beaucoup…
10 sociétés mondiales dominent 85% du commerce alimentaire mondial.

Ces sociétés sont à l’origine des dérèglements du marché à leur profit. Ce fonctionnement n’est pas immoral, il est inhérent au marché capitaliste dans lequel sont ces sociétés. La violence est structurelle, pas un des patrons de ces grands groupes n’a envie de laisser mourir de faim qui que ce soit. C’est le système qui est cannibale.
Les agrocarburants tuent. Des centaines de tonnes de maïs, de blé, sont utilisés pour remplacer le pétrole. C’est tout simplement criminel. 50l de bioéthanol nécessitent 352 kg de maïs. Soit de quoi nourrir un enfant pendant un an. Comment permettre de retirer la nourriture indispensable aux humains pour faire un plein de carburant ?
Mais quelles solutions ?

Jean Ziegler nous exprime qu’il n’y a pas d’impuissance en démocratie. Nous pouvons – devons – interdire la spéculation sur les 3 produits de base de l’alimentation que sont le blé, le maîs, le riz. Nous pouvons interdire les agrocarburants, ou mettre des taxes douanières discriminantes, casser la volonté européenne de 10% de biocarburants en 2020 pour faire rouler nos voitures. Nous pouvons, d’un seul vote au FMI, annuler la dette des 50 pays les plus pauvres de la planète. Nous pouvons décider que l’Europe ne pratiquera plus de dumping agricole.

Che Guevara disait « les murs les plus puissants s’effondrent par les failles ». Les prises de conscience citoyennes peuvent ébranler le système, il peut –doit – s’effondrer.

Nous pouvons forcer l’ONU à faire respecter les droits de l’homme, en particulier le droit à l’alimentation. Nous pouvons soumettre les 500 plus grands groupes mondiaux, qui détiennent 58,9% du PIB mondial, à intégrer la préservation des biens communs dans leurs conditions d’existence.
Nous pouvons contraindre Areva à payer le juste prix de l’uranium au Niger. Le 2è pays le plus pauvre au monde est le 2è exportateur mondial d’uranium. Et ne trouve pas 800 millions de $ pour irriguer ses terres et mettre à l’abri alimentaire ses 10 millions d’habitants.
Le capitalisme dans sa forme actuelle ne peut survivre, le prix est trop élevé. On ne peut plus nier la question de l’enrichissement sans fin qui cause la mort de manière tellement injuste.
Que se passera-t-il après la révolution ? Personne ne sait, pas plus que ne savaient ceux qui ont pris la bastille ce que deviendrait le monde ensuite. Marchons et regardons le chemin en marchant, avançons.

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

« Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. »
Déclaration universelle des droits de l’homme, 10 décembre 1948
Après la prise de conscience, doit venir l’action.


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